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En tant que photographe, j’ai besoin d’exercices pour aiguiser mon œil. Je n’ai pas envie de toujours faire la même chose. Et ces derniers temps j’avais l’impression de me reposer sur mes lauriers. J’ai regardé énormément de vidéos YouTube sur la photographie. J’ai appris beaucoup de techniques, je suis devenu incollable sur le spécificités du matériel photo actuel et j’ai vu plein de belles photos de paysage, de portrait et de mariage. J’ai lu des centaines de blogs. J’ai découvert énormément de bon photographes plus « cools » les uns que les autres via leurs sites internet. C’est très enrichissant et en même temps, je me rends bien compte que l’information n’est utile uniquement si je la mets en pratique. J’en avais donc marre de rester cloué SEUL derrière mon écran à regarder ce que les autres font. Je suis sorti faire des photos dans un style que je n’ai quasiment jamais fait mais que j’admire énormément : la photo de rue. J’avoue que je ne pensais pas avoir autant peur de photographier des inconnus en pleine rue. Je naviguais entre un mélange de défi, d’envie de bien faire, de revenir avec une photo exploitable qui me nouait l’estomac. Bref un soubresaut perfide de perfectionnisme et de peurs me montait au nez et à la tête. Je m’entendais dire : « M’enfin, Martin ! Avec le bel appareil photo que tu as, et tout ce que tu as déjà fait tu devrais savoir faire ça…  et puis, t’as vu tout le temps que tu as perdu sur YouTube, tu aurais pu sortir un peu plus pour te donner plus d’expérience. Ce n’est pas en regardant les appareils photo de seconde main que tu auras les moyens de faire une belle photo aujourd’hui… »Est-ce que tu mérites-bien d’avoir cet appareil ? Tu n’es quand même pas si bon que ça… Remarquez le piège habituel du genre : ‘Tu as déjà fait plein de choses mais tu en as pas encore assez fait ». Une recette anti-bonheur stressante assurée ! Toutes ces phrases défilaient dans ma tête et je sentais mon corps se tendre sous le stress. En gros, une fois de plus, je me sentais bête et seul face à moi même. Afin d’éviter le bouillonnement et la spirale négative, j’ai décidé de m’y mettre et de prendre le risque de ne pas faire ce que mon ego attentait : une « bonne photo » (peu m’importe ce que ça veut dire d’ailleurs). J’ai donc lâché prise et pris le risque de « faire de la merde », plutôt que de ne rien faire. J’ai pris quelques photos juste pour m’habituer à entendre le clic de l’appareil… et je suis revenu à mon envie première. J’ai cherché et choisi un endroit que je trouvais simple graphiquement et j’ai attendu que des passants viennent marcher devant moi à la bonne distance par rapport au mur et dans la bonne direction. Cela me donnait déjà un bon cadre et éliminait un bon nombre de photos potentiellement nazes. J’ai toujours entendu que l’attente était cruciale en photo de rue. C’est vrai ! Les moments se répètent, vraiment, je vous le jure. Il faut juste attendre et, là aussi, je me sentais mal à l’aise. J’entendais quelques phrases toxiques revenir et en même temps, je m’y étais mis et mon idée était en train de germer… Traduisez, je commençais à vraiment m’amuser ! Petit passage en N&B d’une photo RAW pour me confirmer que, pour une première sortie, je tiens quelque chose. Je passe à autre chose, un autre endroit.

Je m’étais aussi fixé l’objectif de photographier un inconnu en lui demandant son autorisation. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie et en même temps, je ne sais pas ce qui m’a pris, je l’ai fait, sans doute un peu inconsciemment. J’ai vu cet homme qui fumait une cigarette et je lui ai demandé s’il était d’accord que je le prenne en photo. Il m’a répondu oui. Je n’ai pas hésité longtemps, j’ai pris la photo, en me souciant peu du réglage. Je lui ai demandé son adresse e-mail pour lui envoyer la photo… et, c’est à peu près tout. Il a dû me prendre un peu pour un fou. 😉 La photo n’est vraiment pas géniale, c’est ma première du genre et elle a le mérite d’exister, la voici donc, en souvenir. Ca s’est passé très vite.

Quelques conclusions : J’ai beaucoup angoissé et en même temps je l’ai fait et je célèbre le simple fait de l’avoir fait. Peu importe le nombre de photos que j’ai prises (très peu). Quand je suis dans le processus créatif, l’angoisse s’estompe et le jeu de l’instant prend place. Je ne pensais pas que ça serait aussi confrontant pour moi et c’est sans doute que je ne sortais pas faire de la photo de rue avant aujourd’hui. Je préférais procrastiner et me dire que c’était « pour les autres ». C’était plus facile comme ça… Pourtant, je me sens plutôt à l’aise quand je programme une session avec quelqu’un, lors d’événements ou quand je prends des photos spontanément dans un groupe de personnes. J’aime entrer en contact, rigoler avec les gens, leur montrer les photos et les rassurer.

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